Devenir assistant(e) social(e) : une vocation au service des familles en difficulté

Face aux 120 000 divorces prononcés chaque année en France et aux bouleversements familiaux qu’ils engendrent, le métier d’assistant de service social s’impose comme un pilier essentiel de l’accompagnement des personnes en rupture. Avec une réforme majeure de la formation entrant en vigueur en septembre 2026 et un taux d’insertion professionnelle de 88 % à six mois, cette profession attire de plus en plus de vocations tournées vers l’aide aux plus vulnérables.

Par la rédaction, publié le 31 janvier 2026

Le travail social connaît une période de transformation profonde. L’arrêté du 6 octobre 2025 modifie en profondeur la formation des assistants de service social, avec une nouvelle architecture pédagogique qui prendra effet dès la rentrée de septembre 2026. Cette réforme intervient alors que la profession n’a jamais été aussi sollicitée : crises économiques, ruptures familiales, vieillissement de la population et précarisation de certaines catégories de la population multiplient les situations nécessitant un accompagnement social qualifié.

Un métier au cœur des bouleversements familiaux et sociaux

L’assistant de service social intervient auprès de personnes confrontées à diverses difficultés : économiques, familiales, professionnelles ou de santé. Dans le contexte actuel marqué par 120 000 divorces prononcés chaque année, ces professionnels jouent un rôle crucial dans l’accompagnement des familles monoparentales. À la Caisse d’allocations familiales, des assistantes sociales accueillent spécifiquement les allocataires en situation d’isolement ou de rupture familiale : séparation, veuvage, incarcération.

Une travailleuse sociale d’une CAF parisienne témoigne : « Les personnes arrivent démunies, perturbées, angoissées face à l’éclatement de leur vie familiale. Elles ont besoin d’être écoutées, entendues et reconnues dans leur souffrance. Notre rôle est de les informer sur leurs droits, de les aider à remplir leurs documents administratifs et de les orienter vers les bons interlocuteurs. » L’accompagnement couvre l’étude du nouveau budget après le divorce par consentement mutuel, la recherche de logement, les démarches d’insertion professionnelle, mais aussi l’écoute du vécu émotionnel de la séparation.

Au-delà du soutien individuel, les assistants sociaux orientent les parents vers des dispositifs spécifiques. L’allocation de soutien familial, fixée à 199,19 euros par mois et par enfant en 2026, constitue une aide essentielle pour les parents isolés ne recevant pas ou peu de pension alimentaire. Les travailleurs sociaux accompagnent également les démarches auprès de l’Agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires, créée pour récupérer les pensions impayées.

Une formation exigeante de trois ans profondément rénovée

Pour exercer ce métier, l’obtention du diplôme d’État d’assistant de service social (DEASS) est obligatoire. La formation, qui se déroule au sein d’instituts régionaux du travail social (IRTS), s’étend sur trois années en alternance entre enseignements théoriques et stages pratiques. L’arrêté du 6 octobre 2025 modernise profondément ce cursus avec une entrée en vigueur prévue pour septembre 2026.

La nouvelle maquette pédagogique prévoit 1 517 heures de formation théorique, dont 12 heures d’accompagnement individualisé, contre environ 1 500 heures auparavant. La formation pratique est ajustée à 1 925 heures, soit 55 semaines au lieu de 60 semaines dans l’ancien dispositif. Cette réduction du temps de stage s’accompagne d’une refonte complète de l’organisation en blocs de compétences, remplaçant les anciens domaines de formation.

Désormais, la formation s’articule autour de quatre blocs de compétences : intervention professionnelle en service social, analyse des questions sociales de l’intervention professionnelle en travail social, communication professionnelle, et dynamiques interinstitutionnelles, partenariats et réseaux. L’évaluation repose sur un contrôle continu des apprentissages et une épreuve conclusive nationale, composée d’un dossier d’analyse du parcours de 25 à 30 pages et d’une soutenance orale de 40 minutes.

Conditions d’admission et financement de la formation en 2026

L’accès à la formation d’assistant de service social nécessite de remplir au moins une de ces trois conditions : être titulaire du baccalauréat, posséder un diplôme de niveau 4, ou bénéficier d’une validation des acquis professionnels et personnels (VAPP). Pour les candidats en formation initiale, l’inscription se fait via la plateforme Parcoursup entre janvier et mars 2026, avec une étude de dossier suivie d’un entretien oral organisé en avril-mai.

Un futur étudiant lyonnais explique : « J’ai découvert ce métier lors d’un stage en association d’aide aux familles. L’entretien de sélection portait sur mon projet professionnel, mes motivations et ma capacité à gérer mes émotions face à des situations difficiles. Les examinateurs cherchent à évaluer notre sensibilité aux questions sociales et notre aptitude au travail en équipe. »

Le financement varie selon les situations. Pour les étudiants en formation initiale, les conseils régionaux financent une partie des frais de scolarité, qui s’élèvent généralement entre 400 et 700 euros par an, auxquels s’ajoutent les droits d’inscription universitaire (178 euros en 2025-2026) et la contribution vie étudiante et de campus (105 euros). Les demandeurs d’emploi peuvent bénéficier d’une prise en charge totale sous réserve d’éligibilité au financement régional. La formation est également accessible en apprentissage avec un coût nul pour l’apprenti, l’employeur finançant la formation.

Un diplôme gradé licence ouvrant de multiples débouchés

Depuis la réforme de 2018, le diplôme d’État d’assistant de service social confère le grade de licence, permettant une poursuite d’études en master sans passer par une licence classique. Cette reconnaissance universitaire valorise la profession et ouvre des perspectives d’évolution vers des fonctions d’encadrement ou de direction.

Les débouchés professionnels sont nombreux et diversifiés. Les assistants de service social exercent dans les secteurs social, médico-social, l’intervention sociale et le développement social. On les trouve dans les conseils départementaux, les caisses d’allocations familiales, les établissements de santé, les établissements scolaires, les centres communaux d’action sociale, les associations du secteur sanitaire et social, ou encore dans la protection de l’enfance et la protection judiciaire de la jeunesse.

Les chiffres d’insertion professionnelle témoignent de l’attractivité du métier. D’après les dernières données des IRTS, 88 % des diplômés sont en situation d’emploi six mois après l’obtention du DEASS. Le taux de réussite au diplôme s’élève à 92 % dans certains établissements, avec un taux de présentation aux épreuves de 98 %. Ces statistiques reflètent à la fois la qualité de la formation et les besoins importants du secteur en professionnels qualifiés.

Évolutions de carrière et spécialisations possibles après le DEASS

Une fois diplômés, les assistants de service social peuvent évoluer vers des fonctions d’encadrement en préparant le certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale (CAFERUIS) ou vers la direction d’établissement avec le certificat d’aptitude aux fonctions de directeur d’établissement social (CAFDES). D’autres optent pour le diplôme d’État d’ingénierie sociale (DEIS) qui permet d’occuper des fonctions de conception, d’évaluation et de développement de projets sociaux.

La possibilité de poursuivre en master universitaire, notamment en sciences de l’éducation parcours travail social, attire environ 4 % des diplômés chaque année. Cette bi-diplômation facilite l’accès à des fonctions de recherche ou d’enseignement dans le secteur du travail social. Par ailleurs, les titulaires du DEASS peuvent intégrer d’autres formations du même niveau (éducateur spécialisé, éducateur de jeunes enfants) sous réserve de passation des épreuves d’admission, avec des équivalences pour certains blocs de compétences communs.

Les défis contemporains du travail social face à la précarisation

Le métier d’assistant social évolue dans un contexte de mutations sociales profondes. La multiplication des familles monoparentales — près d’une famille sur cinq aujourd’hui — génère des besoins croissants en accompagnement. Avec plus de 3 millions d’enfants élevés par un seul parent, souvent dans des situations de précarité financière accentuée par le divorce, les professionnels du travail social voient leur charge de travail s’intensifier.

Une responsable d’un service social de CAF marseillaise observe : « Nous constatons une complexification des situations. Les personnes cumulent souvent plusieurs difficultés : perte d’emploi, séparation, problèmes de santé. Notre accompagnement doit être de plus en plus global, mobilisant de multiples partenaires : services de l’emploi, bailleurs sociaux, services de médiation familiale, associations caritatives. »

La digitalisation des démarches administratives constitue à la fois une opportunité et un défi. Si elle facilite certaines procédures, elle génère aussi de nouvelles fractures pour les publics peu familiers du numérique. Les assistants sociaux doivent désormais maîtriser les outils numériques tout en conservant leur capacité d’écoute et d’accompagnement humain. Des formations spécifiques aux usages numériques sont progressivement intégrées aux cursus pour lutter contre la fracture numérique et les inégalités qu’elle génère.

Devenir assistant de service social, c’est choisir un métier exigeant mais profondément humain, où chaque jour apporte son lot de rencontres et de défis. Dans un contexte social marqué par les ruptures familiales et la précarisation, cette profession offre la satisfaction d’accompagner concrètement des personnes vers l’autonomie et la reconstruction, tout en bénéficiant d’une formation reconnue au niveau universitaire et de débouchés professionnels solides.